RNCAP/APACC : Quelle représentation des artistes femmes et hommes dans les festivals de contes en France ?

Commission pratiques vertueuses

Les festivals de contes en France offrent-ils une représentation équilibrée des artistes femmes et hommes, ou persistent-ils des inégalités ?

Julie nous présentait lors de l’AG l’avancée de son étude commanditée par Le RNCAP et la commission égalité de l’APACC pour répondre à cette question cruciale à travers une nouvelle enquête sur la place des femmes dans les programmations de festivals de conte.
Menée par Julie Robert, étudiante en Master Études sur le Genre à Lyon, cette étude (janvier–août
2025) s’appuie sur l’analyse de 100 programmations issues de 50 festivals entre 2023 et 2024. Elle
fait suite à une première enquête menée en 2013 par Marion Firecka.
Les objectifs sont :

  • Faire un état des lieux actualisé de l’égalité de genre dans les programmations de festival de
    contes
  • Comparer avec les résultats de 2013
  • Suggérer des plans d’actions cohérents avec les réalités du terrain

L’étude s’appuie sur une analyse fine de la place des femmes et des hommes dans les festivals :
direction artistique, visibilité lors des temps forts (ouvertures/clôtures), créneaux et lieux de
programmation, types de publics ciblés. Les contenus des spectacles sont aussi scrutés, notamment
ceux traitant de sexualité, de stéréotypes de genre ou mettant en lumière des parcours féminins
émancipateurs.
En parallèle, une série d’entretiens avec des programmateur-rices permet de comprendre les
coulisses des choix artistiques : contraintes, budgets, enjeux de parité… Une approche
complémentaire pour révéler ce que les chiffres ne montrent pas toujours, et construire ensemble
des programmations plus égalitaires.
Les résultats paraîtront sur les sites de l’APACC et du RNCAP et une restitution finale aura lieux
lors de la journée professionnelle du 22 août à Vassiviere.


À ce jour, le 2 juillet 2025, 80 % des programmations ont été analysées. Nous ne pouvons
toutefois pas tirer de conclusions définitives avant l’obtention des résultats complets.
Rappelons, pour commencer, que l’on estime la proportion de femmes dans le domaine du conte
professionnel entre 60 et 70 %, contre 30 à 40 % d’hommes. Dans ce contexte, il est légitime
d’interroger la pertinence d’une parité stricte dans les programmations, puisque les femmes sont
majoritaires dans le secteur. Comment, dès lors, penser l’égalité ? La question mérite d’être posée.
Certains constats peuvent néanmoins d’ores et déjà être mis en lumière :

  • Une large majorité de femmes est programmée le matin et l’après-midi, avant 17h. À
    l’inverse, parmi les spectacles programmés en fin d’après-midi ou en soirée, 57 % sont
    portés par des hommes.Cette répartition horaire pourrait ne pas poser de problème en soi si
    tous les créneaux bénéficiaient du même niveau de visibilité et de reconnaissance. Or, les
    représentations en soirée sont souvent davantage mises en avant, tant en termes de
    communication que de fréquentation.
  • En conséquence, 66 % des soirées spéciales — d’ouverture ou de clôture — sont assurées
    par des hommes. Ce chiffre reste éloigné de la parité, bien qu’en légère amélioration par
    rapport à 2013, où 79 % de ces soirées étaient confiées à des hommes.

Ces données peuvent être croisées avec l’analyse des publics visés : les femmes sont très largement
majoritaires à conter pour les très jeunes publics, représentant 81 % des artistes programmées dans
ce segment. Si les femmes sont cantonnées à ces tranches d’âge, cela peut limiter leur visibilité et
leur reconnaissance au sein de la profession.
Les programmateur-ices évoquent par ailleurs une difficulté à recruter des conteurs masculins pour
le jeune public, soulignant que les femmes s’orientent plus naturellement vers ce public. Mais alors, pourquoi associe-t-on plus spontanément les femmes au public enfantin ? Quels mécanismes de
légitimité entrent en jeu lorsqu’il s’agit de s’adresser à un public plus âgé ?
Le jeune public est-il dévalorisé parce que les femmes s’y consacrent majoritairement, ou bien les
femmes s’y consacrent-elles parce qu’il est déjà considéré comme moins prestigieux ?
Malgré ces tensions, les premiers résultats indiquent une nette amélioration de la place des femmes
dans l’animation des stages de conte proposés par les festivals : 61 % d’entre eux sont actuellement
dispensés par des femmes.

Julie Robert, étudiante en Master Études sur le Genre à Lyon

À vos agendas : le 22 août, nous présenterons les résultats définitifs. Cette restitution
abordera les lieux de représentation, les thématiques traitées, les contraintes rencontrées par les
programmateur-ices, et proposera enfin des recommandations concrètes et des plans d’action pour
avancer vers plus d’égalité.

N’oubliez pas de signer la charte EGALITE

Et de compléter le questionnaire pour nous faire part de votre intérêt pour une formation VHSS au second semestre